2018 au château de Tours
Jean-Pierre Conin 

L'univers de Jean-Pierre Conin est un monde étrange qui se décline de la tendresse la plus délicate à une fantasmagorie terriblement effrayante.… Il navigue sur ces eaux au rythme de son imaginaire propulsé simplement par sa craie noire et son pastel blanc... 
Homme de théâtre, metteur en scène, il sait comment saisir le geste précis qui saura prolonger la parole et amplifier le propos aux yeux du public. Cette virtuosité à captiver et à charmer un auditoire, nous la retrouvons dans le théâtre d'ombres de ses dessins... 
D'une extraordinaire sensibilité, il laisse à chaque fois l'émotion de l'instant guider sa main avec une technique des plus brillantes pour extirper de cette genèse toutes ces formes, j'allais dire ces êtres.., qui tantôt se montreront oniriques avec des dérapages vers un surréalisme des plus ésotériques, tantôt nous offriront ces personnages échappés de sa propre "Comédie humaine" avec leurs élans, leurs espoirs parfois, leurs faiblesses souvent... 
Bien mystérieuses et parfois inquiétantes, ces figures qui semblent émerger d'un brouillard vaporeux pour nous interpeller et venir nous saisir à la manière de ces petites ritournelles enfouies tout au fond de nous et qui affleurent à la moindre occasion... 
Et puis la densité hypnotique des regards capte notre attention dans un surprenant échange où le dessin nous entraîne aux confins de notre mémoire pour une indiscrète mise en abyme de nos chimères. 
Toute la précision des détails remonte alors à la surface telle une photo que l'on tire de son bain d'émulsion pour fixer le mariage du noir et du blanc, de l’ombre et de la lumière... 
Jean-Pierre Conin brouille encore les pistes en provoquant de subtiles métamorphoses où l'humain se dilue dans l'animal et réciproquement pour nous proposer de terrifiantes créatures mutantes, fruits d'accouplements improbables. 
Magnanime, il place çà et là une petite touche d'humour pour nous aider à accepter l'âpreté de son travail avec suprême coquetterie, cette fugace nuance d’autodérision qu'il intitule : "la solitude lumineuse...". Il fait sienne cette merveilleuse subjectivité de l'Art qui selon Paul Eluard nous pousse "à voir le monde comme je suis et non comme il est". 

Christian Favereau Responsable des Expositions 
Château de Tours